La 7ème cascade

Voici les 4 premiers chapitres ...

Le Ying, et l'autre moitié du Ying

- "Stop, drapeau blanc !"

Le coffre de la voiture n'en pouvait plus. Impossible d'y caser une brosse à dent de plus.

- "Nous saurons enfin si c'est LE lieu que nous croyons, et si là-bas, la magie se déclenchera..."

- "Ça VA marcher. Ça ne peut que marcher. Il FAUT que ça marche."

Regards croisés. Regards compris.

Laura referma doucement sa main sur celle d'Emie, et le pacte était à nouveau scellé.

Lorsque leurs bouches prononçaient une phrase, leurs yeux en disaient le double, et leurs mains le quintuple.

Laura et Emie attendaient le départ, impatientes. Très impatientes même. La grande aventure allait débuter. Ou plutôt s'accélérer et s'amplifier, car il s'était passé tellement de choses... étranges depuis quelques jours !

De toute façon, les deux sœurs ne se quittaient pas. Elles étaient inséparables.

Emie c'est la petite. Une sacrée chipie celle-là, du haut de ses huit ans. Une bouille d'ange comme ce n'est pas permis, une longue chevelure blonde, des yeux clairs à s'y perdre, et un sourire d'enfant auquel rien ne résiste.

Laura c'est la grande. Grande en effet pour ses treize ans, longue et fine. Cheveux bruns mi-longs, des yeux d'un vert irréel, un visage aux traits fins, une silhouette élancée, et les courbes naissantes de la préadolescence.

Douce et attentionnée, Laura avait une passion pour sa petite sœur. Et une double mission : Protection et éducation. Elle la protégeait des dangers du monde. Et elle adorait lui apprendre des choses.

C'était son petit rayon de soleil rien qu'à elle.

Emie de son côté vouait une admiration sans limite à sa grande sœur. C'était son modèle. Sa référence. Son étalon.

Il y avait entre les deux filles une symbiose innée et indescriptible, naturelle et instinctive. Leurs cinq ans d'écart, loin de les éloigner dans des sphères d'intérêts disjointes, les complétaient au contraire et les intégraient l'une à l'autre.

Emie s'enrichissait des connaissances de sa grande sœur, alors que cette dernière se nourrissait du regard d'enfant que portait sa petite sœur sur les choses.

Lorsque l'une apprenait à prendre du recul, l'autre apprenait à relativiser.

La connaissance et l'instinctif.

Ces deux-là s’emboîtaient dans une harmonie de complémentarité, à l'image d'un Ying et d'un Yang sans que l'un soit le contraire de l'autre, mais plutôt sa moitié manquante.

Se compléter sans s'opposer. S'enrichir l'une de l'autre.

Les vacances approchaient, et l'excitation grandissait. Surtout, une fois dans la maison de leurs grands-parents, elles seraient tout près du fameux lieu. LE lieu...

Et si ça se déclenchait ?

La magie de l'eau

- "Mets tes jambes bien droites, à la verticale, pour t'aider à descendre plus vite. Et là, tu attrapes l'anneau." conseille Laura. Emie l'écoutait attentivement en ajustant ses lunettes, et en prenant de grandes et longues respirations.

Laura et Emie avaient chacune leurs goûts, mais également beaucoup de goûts en commun. Elles avaient chacune leurs activités, mais surtout beaucoup d'activités en commun.

Elles adoraient passer chacune du temps avec leurs copines respectives, mais n'imaginaient pas une seule seconde ne pas passer du temps toutes les deux, du temps à elles seules. C'était vital. Une simple et pure question d'équilibre.

Sœurs.

Pour beaucoup c'est un synonyme de confrontation, de jalousie, de compétition. Pour d'autre c'est avoir les mêmes parents, et se croiser souvent. Vies parallèles. Vies proches. Mais vies disjointes.

Pour ces deux-là, sœurs était un mot magique. Un ciment. Un lien du sang inébranlable.

Parmi les goûts et activités en commun, l'eau avait toujours été leur support, leur base, leur élément.

Depuis toutes petites elles passaient leur temps dans les piscines, grâce à leurs parents qui érigeaient la Natation en "amie pour la vie", bienfaitrice pour le corps et l'esprit.

Si bien des sports ne peuvent réellement débuter et s'épanouir qu'à partir d'un certain âge, et/ou ne plus être raisonnablement praticables après un certain âge, ce n'est clairement pas le cas de la Natation : on peut être dans l'eau du premier au dernier jour, de la naissance à la fin, et on y est si bien...

Elles savaient donc toutes deux nager, et les parties de jeux et rigolades dans l'eau ne trouvait jamais de limites : elles avaient pour cela une débordante imagination.

Et au moment de repartir, la même tranchante conclusion : le temps passe décidément dix fois trop vite quand on est dans l'eau !

Laura attendait, impatiente et attentive. Elle encourageait en silence. Le visage juste sous la surface, elle observait la "plongée" de la petite.

Ce matin-là, l'anneau fut attrapé par Emie, à deux mètres de profondeur, et avec une fierté bien méritée.

Une descente bien verticale comme l'expliquait Laura, une recherche très rapide de l'anneau-cible qui fut aussitôt agrippé, et une remontée victorieuse, la surface transpercée le trophée à la main.

Une profonde inspiration qui fit place à un large sourire.

Un cri de joie de chaque côté, et une accolade.

- "Ça y est, tu l'as fait, tu as réussi ! Bravo Emie !" souffla le coach à l'oreille de la petite plongeuse.

Fascination solitaire

Encore une belle matinée pour "coller les couleurs". Kevin avait ramassé le vieux pain dans la cuisine de ses parents, et était descendu au bord du lac.

Il adorait ces matinées sans nuage, où les seules taches blanches étaient les majestueux cygnes qui venaient, glissant sans bruit sur la surface translucide, lui réclamer quelques miettes pour se mettre en appétit.

Le jeune garçon traversait tout d'abord le parc aux arbres géants. Ces gratte-ciels de troncs et de branches dont il n'arrivait pas à s'imaginer l'âge devaient avoir bien plus que ses tout juste quatorze ans.

Ils créaient, sous une voûte de verdure bienfaisante, une ambiance ouatée, fraîche et apaisante. Un véritable ciel végétal et protecteur. Comme une maison suspendue d'où l'on entendait déjà une multitude de petits oiseaux colorés chantonner joyeusement leur berceuse du matin.

Les pieds de cette sculpturale canopée l'impressionnaient particulièrement. Des troncs énormes, massifs, que ses bras d'adolescent auraient eu bien du mal à enserrer. Il aimait pourtant se plaquer contre, ouvrir les bras, lever la tête, et sentir cette force que rien ne semblait pouvoir défier.

Son pas ralentissait instinctivement lors de la traversée de ce parc que le vent lui-même semblait contourner. Puis il s'installait sur la jetée faite de gros blocs de pierres, tout au bord de l'eau.

C'était tout d'abord la vue qui le saisissait à chaque fois. Un paysage bien plus large que ce que son regard pourtant perçant ne pouvait balayer. Une scène immense qu'il fallait parcourir des yeux pour en découvrir les coins et les recoins.

Un dôme-spectacle permanent et infini. Il fallait vouloir tout regarder en acceptant de ne pas pouvoir tout voir à la fois.

Étrange sacrifice et leçon d'humilité, dans laquelle on tente d'imprimer dans sa mémoire une toile bien trop grande pour soi.

Trop grande mais tellement envoûtante. Kevin était littéralement amoureux de cette toile vivante.

Dans les mêmes premières secondes, l'odeur de l'eau lui emplissait les narines. Cette sensation rafraîchissante et enivrante. Il ne pensait plus à rien...

Et c'est parfois si bon de ne plus penser à rien...

Dans ces moments magiques, lorsqu'il regardait vers l'Est ou vers l'Ouest, le bleu de l'eau touchait le bleu du ciel dans une harmonie de dégradés à peine perceptible. Les deux bleus se confondaient presque pour n'en faire plus qu'un.

Seuls les quelques passages de petits bateaux, au loin, plissaient ce miroir en dessinant des "V" qui s'évaporaient progressivement, absorbés par la sérénité de la surface. Ce miroir parfait, absolu, collait les couleurs du ciel et de l'eau.

Les premiers grands cygnes blancs l'avaient repéré, et glissaient en silence dans sa direction, majestueux, sur le miroir. Ces oiseaux arboraient une telle grâce naturelle qu'ils étaient le symbole le plus parfait de cette harmonie paysagère.

Mais en l'occurrence, les estomacs des symboles semblaient affamés : Le pain sec allait servir !

Devant lui, face au Nord, les puissantes montagnes dominaient les alentours de toute leur verdure.

C'est ce mélange d'horizontalité absolue de l'eau et de verticalité de ces tonnes de roches qui le fascinait.

Il pouvait rester ainsi des heures à s'imbiber de cette somptueuse nature, sans voir le temps passer. Il avait besoin de cela.

Il n'aurait échangé son grand lac pour rien au monde.

Son plus grand lac de France.

Étrange douche

- "Laura, c'est vrai qu'il faut un shampoing différent si on n'a pas la même couleur de cheveux ?"

- "Mais non voyons, c'est des trucs pour faire vendre ça. Regarde notre shampoing, il marche aussi bien pour mes cheveux bruns que pour tes cheveux d'or !" lui souffla-t-elle dans un rire complice.

C'était justement un dimanche en fin de matinée, après une bonne séance aquatique en piscine. La zone des douches était vaste et claire ici, grâce à une sorte de grande ouverture en verre dans la partie centrale du toit, qui inondait de lumière naturelle les puissants jets d'eau des têtes des douches.

Et surtout, fait rarissime au sein des piscines et fortement apprécié par les deux filles, la température de l'eau était idéale. Ni trop glacée, ni brûlante.

De quoi passer un certain temps pour ne pas dire un temps certain, et certainement très agréable, sous l'eau ruisselante.

C'était une impression enivrante qui parcourait tout le corps et donnait des sensations de bien-être extraordinaires. L'eau glissait, caressait, roulait, réchauffait.

L'eau nous nettoie, nous purifie, évacue physiquement et mentalement ce que nous voulons.

La phase savonnage avait pris fin, et le rinçage était en cours. C'est alors qu'une scène très étrange se déroula : Laura ouvrit sa main et l'approcha doucement du filet d'eau, qui dévia alors très légèrement de sa trajectoire verticale vers le côté opposé, comme pour éviter la main de la jeune fille.

Laura n'y prêta pas tout de suite attention, mais la seconde fois qu'elle fit le geste, elle réalisa soudain l'illogisme du phénomène auquel elle assistait. Elle le montra à Emie, qui imita son geste avec le même résultat.

Les deux sœurs se regardèrent, étonnées. Laura, sans y réfléchir, avait alors placé sa main, grande ouverte, verticalement, derrière celle de sa petite sœur.

Geste affectif que les deux filles reproduisaient souvent, adorant comparer leurs mains l'une l'autre. La plus grande protégeant la petite. La plus petite caressant la grande. Intimité des mains, intimité des âmes.

D'un geste très lent, elles approchèrent alors leurs mains unies du filet d'eau qui cette fois-ci au contraire se dévia vers elles pour venir se plaquer et ruisseler le long des deux paumes. Comme aimanté par les dix jeunes doigts.

Surprises, Laura et Emie retirèrent d'un coup leur main, mais le même phénomène se reproduisit lors de l'essai suivant. Le coude qu'opérait la trajectoire de l'eau pour venir à elles était irréel, l'eau se décalant de quinze bons centimètres pour venir épouser le creux des mains.

Puis le jet d'eau cessa.

Regards déçus. Regards croisés. Regards décidés.

Laura réappuya immédiatement et fermement des deux pouces sur le bouton. Mais pourquoi faisaient-ils des boutons si durs à enfoncer ?

Un jet de douche tout à fait normal cette fois jaillit du pommeau. Douche classique. Fin du rinçage. Comme si rien ne s'était passé. A douter de la scène précédente.

Mais les deux sœurs n'étaient pas prêtes d'oublier ce qu'elles venaient de vivre...


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