Les yeux du lac vert

Voici le premier chapitre ...

DANS LA BOITE

- "C'est fait. J'espère que ça a marché. Je rentre. A tout de suite. Al."

Portable à peine glissé dans la poche, Alicia s'agrippa au guidon et démarra. Qu'avait-t' elle donc photographié ? Est-ce que ça allait refaire pareil ? Son cœur battait si fort qu'il résonnait dans sa poitrine. Mais pas tellement de par l'effort sur les pédales. Plutôt à cause de l'excitation.

Son beau vélo filait au milieu du chemin forestier qu'elle connaissait par cœur. Il était presque vingt heures mais la nuit n'était pas encore tombée : merci les longues journées de juin. Le soleil descendait pourtant obstinément en direction de l'horizon, et le jour allait lentement commencer à décliner. Alicia repensa au SMS qu'elle venait d'envoyer à Léane, et elle se dit qu'il arriverait bien avant elle !

Un coup de dérailleur, et elle allonge les tours de pédalier. Elle l'avait bien en main maintenant, son nouveau vélo des 12 ans : 10 vitesses d'accord, des supers dessins mauves très stylisés d'accord aussi, mais surtout des pneus adaptés aux fréquentes balades qui la conduisaient à son grand bonheur dans cette vaste forêt.

C'est son poumon à elle, son oxygène, son terrain de jeu et de vie : Alicia adore la forêt. Elle s'y sent bien, elle s'y sent respirer; elle s'y sent vivre. Tout l'émerveille ici : la moindre plante, le moindre arbre, les animaux qu'elle y croise. Sans parler des bruits, des parfums, et de la quiétude d'une brise légère qui fait vaciller lentement la cime des chênes et des sapins.

Mais pour l'instant, Alicia n'écoute pas les bruits de la forêt, et ne respire pas la brise tiède : elle veut rentrer rapidement. On entend le rythme régulier du pédalier, le bruit des pneus sur le chemin de terre, et la respiration de la jeune fille.

Alors que ses jambes - et ses mollets notamment - sont en plein effort, sa tête est en pleine ébullition. Son appareil photo précieusement rangé dans son petit sac à dos allait-t'il lui confirmer l'incroyable découverte d'hier soir ? Ou bien allait-il lui indiquer qu'elle avait simplement rêvé, et qu'il ne s'agissait en fait que de simples reflets dus aux derniers rayons orangés d'un soleil couchant qui n'était pas si pressé que cela d'aller au lit ?

Le cliché d'hier était pourtant troublant. Très troublant même. Elle devait en avoir le cœur net. C'est pour cela qu'elle était revenue ce soir, pile à la même heure et pile au même endroit : le "lac vert" comme elle le surnommait avec ses parents depuis toute petite.

C'est un lieu magique et envoûtant en plein cœur de la foret, très difficile à trouver si l'on ne connait pas son emplacement exact. Un petit lac entouré de hauts chênes et de grands pins, et avec une eau d'une couleur d'un vert indescriptiblement étrange et attirant. Aucune palette d'aucun peintre ne contenait ce vert fascinant, dont les teintes jouaient avec la lumière du soleil selon les moments de la journée.

Elle s'y rend si souvent, et l'endroit est si calme, que c'est un peu "son" lac vert. L'un de ses petits jardins secrets, bulle d'intimité, petite sphère paradisiaque, pause bienfaisante pour s'isoler.

Ce qui faisait accélérer Alicia ce soir, ce n'était pourtant pas ce vert qu'elle connaissait presque intimement, mais la photo qu'elle venait de prendre, à cet endroit précis dit de « l'île au vieux chêne ». Une sorte d'avancée dans le lac, de presqu’île accessible uniquement par un petit chemin qu'il valait mieux ne pas rater en vélo tant il était délicat d'accès et étroit.

Au centre de cette presqu’île trône un très grand et vieux chêne, magnifique spécimen aux branches énormes qui domine les environs de toutes ses hautes branches et de toute sa longue expérience de chêne.

En fait, Alicia n'avait pas pris une photo, mais plutôt une série de photos, pour ne rien rater cette fois-ci. Parce que hier justement, elle n'en avait pris qu'une seule, la dernière avant de rentrer. Sur le coup, rien de particulier : l’îlot au vieux chêne était calme, paisible dans la faible lumière du soir. L'instant ou la nature somnole, bercée par une douce léthargie avant de basculer dans le sommeil.

Une photo pour rien s'était-elle dit, parce qu'elle en avait fait des dizaines de ce lieu qu'elle adorait, mais jamais à ce moment précis de la journée en fait. Lorsque la pénombre de la nuit qui s'avance assombrit le pied du grand chêne alors que sa haute tête joue encore avec l'astre solaire orangé.

Instant magique pour les photographes amateurs, ou les zones encore éclairées par l'astre soleil et ses mille lumières rougeoyantes du soir côtoient les zones sombres ou la nuit comment déjà à s'installer.

Instant pivot que connaissent bien les géants végétaux à l'écorce parfois centenaire. Moment charnière ou tournent les horloges et ou tout bascule. Le pied déjà dans la nuit, et la tête encore au soleil.

La veille au soir, aussitôt rentrée, Alicia avait transféré sur son ordinateur portable sa récolte de clichés numériques. Les photos l'ont toujours passionné, et c'est une utilisatrice fidèle des appareils numériques, et des logiciels photo.

Elle n'avait rien remarqué de particulier, jusqu'au moment où elle avait appliqué, par erreur, le filtre spécial "anti yeux rouges" au lieu du filtre "optimiseur de contraste" : très utile celui-là pour éclaircir les zones sombres d'une photo sans blanchir les zones éclairées.

Bref, l'anti yeux rouges n'allait pas servir à grand-chose sur un tel cliché. Petite erreur de manipulation, qu'elle allait vite rectifier : dans tout bon programme de retouche photo, on a le droit à l'erreur.

Mais avant d'annuler son action ratée (les doigts étaient déjà tout près de la combinaison de touches sur le clavier), elle avait cru voir quelque-chose de bizarre sur l'écran. Elle s'arrêta dans son élan, releva ses doigts du clavier, et regarda le résultat de plus près.

Elle avait bien vu: était alors apparu un point clair, une étrange forme à peine lumineuse, très petite, tout en bas du tronc de l'arbre, dans la partie la plus sombre de la photo. Là où le soleil n'arrivait plus.

Une sorte de tache, tel un ver luisant, mais qui une fois zoomée, semblait formée en fait de deux points lumineux très proches l'un de l'autre, et d'une lueur tirant sur le vert.

Un reflet ?

Elle avait beau éclaircir à fond, appliquer à nouveau le filtre ou en essayer plusieurs, rien d'autre n'apparaissait autour des deux petites sources lumineuses qui semblaient flotter dans l'air, à une trentaine de centimètres du sol.

Sur le coup, Alicia était restée figée devant son écran, et un frisson l'avait parcouru tout le long du dos. Un phénomène surnaturel ? Ou plutôt une bestiole de la forêt qui passait par là juste à cet instant ? Mais alors ou était son corps ?

Elle avait déjà élaboré à vitesse fulgurante plein de scénarios possibles. Mais au final, aucun ne collait.

Non, son imagination allait décidément trop vite et lui jouait certainement des tours. Elle s'était dit plus raisonnablement qu'elle avait dû trop manipuler cette pauvre photo et avait surement créé un reflet ou une anomalie numérique.

Surement...

C'est d'ailleurs ce que pensait Thomas son grand-frère. Enfin, sa déduction ne lui avait pas pris plus de quelques secondes de pseudo-réflexion avant de trancher avec un sourire en coin.

De toute façon, même sous ses grands airs blasés, il n'y connaissait pas grand-chose. Lui ne faisait des photos qu'avec son téléphone portable à la qualité plutôt moyenne - par rapport à l'appareil de sa petite sœur.

Et surtout, il n'y avait absolument rien d'artistique dans tous ses clichés de copains qui faisaient les gros bêtas, et dont les pitreries alimentaient les vignettes floues ou saturées du « mur » Internet, ou les selfies mal cadrés des applis de messagerie et autres réseaux d'amis virtuels.

Les arbres défilaient des deux côtés du chemin forestier, et les douces et chaleureuses odeurs de sous-bois régalaient les narines de la cycliste photographe.

Alicia déteste ces "réseaux sociaux" surtout utiles selon elle à débiliser en groupe tout en restant en pantoufles dans sa chambre. Pour elle, communiquer a quelque-chose de précieux, d'intime, et ne trouve un vrai sens qu'entre deux personnes.

Communiquer, ce n'est pas faire du bruit à plusieurs, mais partager à deux. Et pas seulement l'un qui émet et l'autre qui reçoit, tels deux talkie-walkie avec leur fameux bouton "push-to-talk" qui coupe l'autre pour pouvoir parler. Non, les vrais flux de communication doivent fonctionner dans les deux sens, simultanément.

Et pas uniquement par la parole. La plus belle des communications, c'est à 20 centimètres de l'autre, quand on est "en phase" avec lui, attentif, lorsqu'on s'écoute, qu'on se regarde, qu'on se sent et se ressent...

C'est comme une question de vibrations, d'ondes. Bref, surtout pas pour annoncer à destination de ses 186 pseudo-"amis" qu'on avait fait 18 mètres au jeu du lancer d'oeuf, ou qu'on venait de manger toute une boite de cookies.

La jeune fille communiquait pourtant beaucoup, à distance quand il n'y avait pas le choix, mais par SMS, avec Léane sa meilleure amie. Sa super-amie. SON amie. SA Léane.

Elle avait réussi à persuader sa mère qu'avoir un téléphone portable à 12 ans, ce n'est pas "n'importe quoi" si on l'utilise raisonnablement.

Surtout pour des appels et des SMS avec Léane.

Alicia avait également depuis toute petite une passion pour les photos, elle n'en n'était pas à son premier appareil photo numérique, et elle le maîtrisait plutôt bien.

Surtout pour les prendre avec Léane, la plupart du temps lors de grandes balades en forêt, puis pour les trier et pour les regarder ensuite avec elle.

Une autre de leurs spécialités, c'était les "safaris photos" : elles fixaient un thème, par exemple "les champignons" ou bien "les insectes" ou "les arbres à deux troncs", et elles chassaient ensuite les cibles tout autour d'elles durant des après-midi entière.

Alicia adorait passer du temps avec Léane : elles étaient toujours sur la même longueur d'ondes toutes les deux.

Leurs SMS aussi, comme celui de tout à l'heure ou elle l'informait qu'elle rentrait et qu'elles se verraient très bientôt. En effet, magie des vendredi soir et des libertés de fin de semaine : Léane arrivait pour passer le week-end à la maison.

Elle avait été mise dans la confidence du secret découvert hier soir, et se réjouissait déjà à l'idée d'approfondir ce mystère un peu inquiétant mais surtout palpitant.

Le chemin forestier défilait, Alicia faisait attention à bien placer sa roue, en repensant à cette belle fin d'après-midi passée en forêt.

Et à ces étranges points lumineux...


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